lundi 2 avril 2007

Destin Confisqué


De la colonisation à la mondialisation




« Par essence, l’entreprise coloniale n’est pas philanthropique. Les Français ont conquis l’Afrique pour prendre ce qui leur convenait : la force de travail (forcé) et les matières premières comme le bois ou le caoutchouc. La décolonisation n’a rien changé sur le fond. Le même système a perduré avec Elf qui exploitait le pétrole ».



D’après Odile Biyidi, présidente de Survie*, hier comme aujourd’hui c’est le même constat : l’Afrique n’est appréciée qu’à l’aune de son utilité, au grand mépris des populations et sans souci aucun de leurs intérêts.


C’est le général de Gaulle qui, tout en enclenchant le processus de décolonisation dans les années 60, charge Jacques Foccart, son bras droit, de maintenir les pays d’Afrique francophone sous la tutelle française, pour des raisons économiques et géopolitiques. D’abord, la France peut ainsi continuer à accéder aux matières premières stratégiques,comme l’uranium ou le pétrole, et à perpétuer les revenus des productions coloniales (cacao, banane,coton…) ; ensuite, le gouvernement français souhaite faire barrage, en pleine guerre froide, à la propagation du communisme ; enfin, elle entretient ainsi un cortège d’états « amis » lui garantissant des votes dans les institutions internationales.


Foccart organise un vaste réseau d’influence dont la principale stratégie est la mise en place de dirigeants favorables à la France, en éliminant – parfois même physiquement – des leaders indépendantistes ou en truquant les élections. Grâce aux fonds d’entreprises françaises installées en Afrique, telle Elf, et à une aide orientée vers les partenaires stratégiques, le réseau Foccartfinance les opérations de maintien des« régimes amis » corrompus, pendant que s’organise la spoliation des ressources africaines.


Depuis quarante ans, politiques et décideurs, de droite comme de gauche, s’accommodent de ces pratiques dignes de la mafia. Aujourd’hui, l’Afrique est de moins en moins le domaine réservé de la France. Nous ne sommes plus seuls à convoiter les richesses des sols et sous-sols africains: la guerre d’influence a pris une dimension planétaire. Mais la responsabilité française dans le chaos économique africain est bien réelle.


Il y a devoir de mémoire, à l’heure où l’immigration est déjà au centre des premières joutes électorales et fait les frais d’une surenchère xénophobe. Vers l’émancipation ?« Les mouvements d’émancipation existent, la société civile bouge. Les Africains commencent à revendiquer des gouvernements représentatifs. Plusieurs pays sont en marche, après des élections démocratiques : le Sénégal, le Mali, le Bénin… Ces changements de régime créent une dynamique qui se propagera à toute l’Afrique francophone, et la France n’aura pas le choix », confirme Odile Biyidi. Parallèlement au réveil africain, en France les langues commencent à se délier. Des livres, tels La Françafrique ou Noir Silence, de François Xavier Verschave (ancien président de Survie) ont remporté un succès honorable.

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